« Les jeux sérieux permettent d’opérationnaliser quatre conditions favorisant l’apprentissage : l’attention, l’engagement cognitif actif, la rétroaction et la consolidation. » (Antonia Blanié, Intérêt des jeux sérieux pour la formation des professionnels de santé au raisonnement clinique et à la prise de décision, 2022)
Pourquoi le jeu est un levier puissant pour mobiliser sur les sujets HSE et RSE ?
Dans un contexte professionnel où l’attention est sollicitée de toutes parts, comment s’assurer que les messages essentiels — notamment ceux liés à la santé, à la sécurité, à l’environnement (HSE) ou à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) — soient réellement compris, pour obtenir l’adhésion et l’engagement ?
Face à cette problématique, de plus en plus d’organisations et d’entreprises se tournent vers un outil qui n’a pas toujours bonne presse : le jeu, et plus précisément, les serious games.
Le jeu, un outil de formation en pleine expansion
Depuis une dizaine d’année, les serious games — ou jeux sérieux — occupent une place grandissante dans les dispositifs de formation. Et ce n’est pas un effet de mode : plusieurs études confirment leur efficacité.
Selon David Castelan, de l’entreprise Serious or Not, le taux de rétention d’information atteint 75 % avec un serious game, contre 20 % en moyenne pour une formation traditionnelle. Une autre étude menée par PwC révèle un écart de 22 points en faveur des jeux sérieux sur le taux de mémorisation.
Des chiffres qui interpellent… et qui méritent d’être pris au sérieux.
Le jeu, un moteur d’engagement
Là où certaines formations HSE ou RSE peuvent être perçues comme bien loin des réalités opérationnelles voire rébarbatives, le serious game propose une expérience innovante.
Comme l’a démontré Antonia Blanié dans ses travaux sur les jeux sérieux appliqués à la formation des professionnels de santé (2022), le jeu stimule à plusieurs niveaux :
- L’interactivité suscite la curiosité et évite le décrochage,
- Le droit à l’erreur renforce la confiance et favorise l’apprentissage actif,
- Le système de niveaux soutient la motivation,
- L’immersion crée un lien émotionnel avec le contenu,
- Le travail en équipe encourage la collaboration,
- La sollicitation de plusieurs sens (vue, ouïe, kinesthésie) enrichit la mémorisation.
Contrairement aux idées reçues, jouer n’est pas synonyme de « perdre du temps » ou de « s’amuser sans but ». Jouer, c’est s’impliquer, expérimenter, se confronter à des situations concrètes — sans risque réel — et en tirer des enseignements durables.
HSE et RSE : des sujets sérieux, mais pas ennuyeux
Les thématiques HSE et RSE sont cruciales, mais elles peuvent parfois paraître éloignées du quotidien ou trop théoriques. Le jeu permet de les rendre plus accessibles, plus concrètes et surtout plus mémorables.
Un serious game bien conçu place l’apprenant dans une situation réaliste, où il doit prendre des décisions, anticiper des conséquences, travailler en équipe, ou encore gérer des situations de crise. Cette mise en situation développe des réflexes utiles dans la réalité, tout en suscitant une prise de conscience.
Un outil puissant à manier avec rigueur
Pour autant, il ne faut pas « gamifier » juste pour faire plaisir. Le jeu ne remplace pas l’ingénierie pédagogique : il la complète.
Un serious game efficace repose sur un objectif pédagogique clair, un scénario bien construit et des mécanique pédagogiques précisent. L’aspect ludique ne doit jamais éclipser le contenu : il en est le fil conducteur. C’est pourquoi la collaboration entre experts métiers doit être le fondement de ces démarches ludique.
Conclusion : changer de regard sur les formats
Les encadrants peuvent, à juste titre, se montrer prudents face à ce type de format. Mais à l’heure où la pédagogie évolue et où l’enjeu est d’engager durablement les collaborateurs, il devient difficile d’ignorer le potentiel des serious games.
Le jeu est une porte d’entrée vers une formation engageante, efficace et ancrée dans la réalité du terrain.
HSE et RSE méritent mieux qu’un PowerPoint. Ils méritent une expérience.

